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Essai- Credo quia magister sum ... (sur l’éducation)
Article mis en ligne le 18 août 2019

par Michel Simonis

Trouvé au hasard de mes pérégrinations sur le Web...
Réflexions stimulantes...
de Antoine Pinterovic
08 mai 2009

Il m’arrive quelquefois, lorsque trop fatigué ou trop énervé, lorsque la lune est très près ou un trésor trop loin, que je ne puisse fermer l’œil. Alors, il m’arrive, quelquefois, malgré ou peut-être à cause de la perspective du lendemain, que je croie.

Et je crois alors

Que les écoles ne devraient pas être des casernes, des gendarmeries, des termitières, cléricales ou laïques.
Que l’éducation n’est pas un travail à la chaîne,

Que les programmes, les horaires, les manuels ne sont pas l’essentiel,

Que les programmes, les horaires, les manuels ne m’ont rien fait, que je fais les programmes, les horaires, les manuels,

Qu’en rénovant sans cesse les méthodes, les programmes, les matières, les manuels, on ne rénove rien du tout, car on ne change guère l’homme,

Que le bourrage de crâne « scientifique » représente la dernière édition contemporaine de l’obscurantisme triomphant,

Que la Tv, Internet, la radio, le tourne-disque, le Dvd, la K7 vidéo ne combleront jamais mon inexistence,

Que la « spécialisation » technicienne, isolante et isolée de la réalité humaine perd toute valeur de culture et devient aliénation,

Que le « savoir » et le « savoir-faire » ne sont pas des systèmes clos où on peut pénétrer sans risque en laissant sa personnalité au vestiaire,

Que la véritable pédagogie se fout de la pédagogie,

Que la qualité d’un professeur ne se mesure pas à sa popularité, à son succès, à sa réussite sociale, à sa démagogie,

Que si je suis chahuté, si je n’ai pas d’autorité, c’est que je confonds les valeurs, que je manque de caractère, que je ne pèse pas lourd en face des élèves, que je me sens inconsciemment inférieur aux élèves,

Que si je suis chahuté, c’est que je ne suis plus, que je parais.


Oui alors je crois

Que je ne suis maître que si je me reconnais comme faillible et mortel,

Que je ne suis maître que si je n’ai pas peur, surtout de moi,

Que je ne suis maître que si je suis garant et révélateur de ma vérité,

Que je ne suis maître que si je suis d’abord maître d’humanité avant d’être spécialiste dans tel domaine,

Que je ne suis maître que si je suis le garant de l’existence des valeurs humaines,

Que je ne suis maître que si je ménage la confrontation de chacun avec soi-même,

Que je ne suis maître que si je suis, tout simplement,

Que je ne suis maître que si j’accepte ma solitude,

Que je ne suis maître que depuis le jour où j’ai compris qu’il n’y a pas de maître.

Oui, je crois alors aussi

Que lorsque je pénètre pour la 1ère fois dans une classe, je me soumets à un rituel qui consacre un contrat de relations mystérieuses, qui me rendent témoin des possibilités humaines,

Que mes élèves, à travers ma parole, attendent, souvent sans le savoir, une leçon de vie,

Que l’éducation n’est pas tout, mais qu’elle n’est pas rien non plus,

Que l’éducation est d’abord la recherche de l’Homme,

Que l’éducation est d’abord un rapport humain qui a une valeur en lui-même et par lui-même,

Que l’éducation, c’est la construction du destin de l’homme,

Que l’éducation commence par un besoin de maître et qu’elle s’achève par la découverte qu’il n’y a pas de maître, que chacun est le maître de son destin,

Que toute information est une formation à l’être humain et le risque aussi, d’une déformation.
Je crois alors fermement

Que plus on fait de pédagogie et plus la culture fout le camp,

Que mon éducation doit sortir du chaos actuel,

Que les sciences, qu’elles soient « exactes » ou « humaines », ne peuvent guère m’y aider, car ce n’est pas la science qui fonde l’homme mais l’homme qui fonde les sciences,

Qu’il m’est essentiel d’arriver à formuler un idéal humain capable de prendre en charge la société dans laquelle vivront mes enfants,

Qu’il m’est essentiel d’arriver à définir l’Homme de notre temps,

Que la culture générale, tellement vilipendée aujourd’hui, nous est plus essentiel que jamais que jamais pour provoquer le miracle de l’harmonie entre l’Homme et l’Univers,

Qu’il nous est essentiel de faire renaître de ses cendres une nouvelle culture générale de l’Occident, la plus générale possible, pour contrecarrer l’aliénation spécialisante et technocratique,

Que mon éducation, en fin de compte, doit tendre de nouveau, comme à l’aube de son avènement, à révéler à chaque homme cette parcelle de l’Homme éternel et universel seul susceptible d’être aimé, bon et mauvais, beau et laid, vil et sublime, s’il reste vrai que la seule finalité possible de la culture, et donc de l’éducation, c’est que les hommes puissent continuer à vivre et à créer ensemble.

A.Pinterovic[/brun
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