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Réflexion : de la pédagogie du Chef d’oeuvre à la mini-entretprise
(Pour un futur trait d’union ?)
Article mis en ligne le 18 novembre 2019
dernière modification le 24 novembre 2019

par Michel Simonis

Convergence de deux événements, donc “tilt” dans mes cellules nerveuses et l’envie de joindre les deux en trouvant un fil conducteur.
Hier soir, je reçois un message de Jean-françois m’apprenant que le Chef d’oeuvre pédagogique fait son entrée dans les écoles professionnelles en France et me demandant de relayer l’information de leur intervention dans ce cadre.
Même jour, même soir, des élèves de l’Athénée royal de Huy m’annoncent la création d’une mini-entreprise...

Une mini-entreprise 100% féminine créée par 5 élèves de 5e secondaire (en option sciences économiques) :le Palais Des Saveurs.. Cette mini propose deux collations artisanales : des cookies (et qui se vendront toute l’année) et un second produit qui variera en fonction du calendrier (par exemple : des spéculoos pour la période de Saint Nicolas/Noël ). Comme motivation, “la mise en pratique de notions théoriques va nous apporter énormément d’expérience. Ensuite l’encadrement par deux de nos professeurs, nous pousse a l’excellence. Nous voulons les rendre fiers de notre travail. Et enfin, notre principale motivation est le soutien financier que notre mini-entreprise va apporter à l’association hutoise « Dora Dorës » en leur distribuant une partie de nos bénéfices.” 

Dora Dorës, une asbl dont je suis membre et bénévole, est en grosse difficulté financière. Sans subsides pour le moment (la Région wallonne lui a coupé les vivres) elle procure des cours de Français langue étrangère à plus de 120 personnes issues de l’immigration, et anime, entre autre une école de devoirs.
Bref, quelques revenus seront précieux pour sa survie.

Ne trouvez-vous pas que c’est déjà, en soi, en quelque sorte un petit chef d’oeuvre ?

Ceci dit, une réflexion me parait intéressante à faire sur les liens entre la pratique du Chef d’oeuvre en fin de primaire et les initiatives de mini-entreprises qui se font jour dans les écoles secondaires. Continuité de la philosophie pédagogique, mais aussi continuité de l’esprit sous-jacent de valorisation des compétences et d’autonomisation (ou “capacitation”) des apprenants. Manière aussi pour moi d’ouvrir un peu le GBEN sur l’enseignement secondaire et le Professionnel.

Voici quelques extraits du “vade-mecum” que je vous invite à parcourir plus en profondeur.

Je pense que le lecteur fera de lui-même le lien entre ces extraits du Vade-mecum qu’il va lire et les valeurs de l’Éducation nouvelle.

1.1 Le chef-d’œuvre dans la transformation de la voie professionnelle

L’intention de la transformation de la voie professionnelle est de redonner ses lettres de noblesse à l’enseignement professionnel. La réalisation d’un chef-d’œuvre synonyme d’excellence et de reconnaissance par les pairs (et donc de confiance), témoigne de savoirs, savoir-être et savoir-faire, et développe un sentiment d’appartenance à des communautés professionnelles.

1.2 Ce qu’est la réalisation d’un chef-d’œuvre

Le chef-d’œuvre est une démarche de réalisation très concrète qui s’appuie sur les compétences transversales et professionnelles travaillées dans sa spécialité par l’élève ou l’apprenti. Il est l’aboutissement d’un projet pluridisciplinaire qui peut être de type individuel ou collaboratif.
Sa réalisation concerne tous les élèves et apprentis de CAP sur le cycle de formation et tous les élèves/apprentis des baccalauréats professionnels sur le cycle terminal (classes de première et terminale).

Le chef-d’œuvre systématise et incarne la pédagogie de projet dans l’enseignement professionnel. Pour autant, il ne doit pas être un projet comme un autre. Il est un moment et un objet de formation exceptionnel dans le parcours de l’élève contribuant à sa motivation et à son développement personnel. Il vise aussi à promouvoir l’excellence professionnelle du candidat dans un but de valorisation de son parcours de formation auprès des futurs recruteurs.

L’évaluation du chef d’œuvre permettra de valoriser pour chaque élève/apprenti sa contribution personnelle et aussi lorsque ce sera le cas son action dans un cadre collectif.

Le caractère concret du cbef-d’œuvre :

La démarche pour parvenir à la réalisation est très importante, à la fois par le temps long dans lequel il s’inscrit et par l’engagement des acteurs dans les réalisations à mener, qu’elles soient matérielles ou immatérielles. Ce qui est concret, c’est autant la démarche que la réalisation elle-même. Dans tous les cas, il faudra pouvoir présenter et mettre en valeur la réalisation. Les usages numériques sont au cœur de la réalisation du chef-d’œuvre pour faire, pour comprendre/apprendre, mais aussi pour présenter.

Les intentions pédagogiques :

Cette réalisation ambitieuse mobilise et développe des compétences professionnelles issues du référentiel du diplôme auquel est préparé l’élève, mais aussi d’autres compétences communes aux domaines généraux et professionnels. Les compétences sociales et de créativité méritent une attention particulière dans la progression des élèves.

La réalisation du chef-d’œuvre va résolument renforcer la place de l’enseignement par projet au sein des établissements, type d’enseignement indispensable à la construction du projet de l’élève, à la préparation de son insertion professionnelle, mais aussi de sa poursuite d’étude,
Elle a aussi pour objectif de porter, sur les deux ans de formation, la cohérence des enseignements entre eux et le sens d’un ensemble pluriel pour un jeune lycéen entrant en CAP ou en première professionnelle.

Le caractère pluridisciplinaire :

La réalisation fait nécessairement appel à différentes disciplines d’enseignement, professionnelles et générales.
Les enseignants sont donc amenés à travailler à plusieurs pour encadrer la réalisation des chefs d’œuvre. Selon la nature du chef d’œuvre, des professeurs d’enseignement général et des professeurs d’enseignement professionnel sont impliqués dans cette production pluridisciplinaire.

Le caractère collaboratif :

Le projet qui porte le ou les chefs-d’œuvre peut être réalisé par un collectif d’élèves/apprentis. Un projet collaboratif sera donc un chef d’œuvre collectif ou l’addition de plusieurs chefs-d’œuvre individuels ou collectifs.
Pour permettre des mutualisations (compétences, plateaux techniques), les étapes de la réalisation du chef-d’œuvre peuvent s’appuyer sur une collaboration élargie : entre plusieurs élèves d’une même classe, d’une même spécialité, de spécialités différentes, d’établissements différents, entre plusieurs élèves et une entreprise ou une organisation.

2- Les enjeux didactiques

La réalisation du chef-d’œuvre, comme toute autre expérience acquise en situation (de travail), sera exploitée d’un point de vue didactique, notamment comme une autre façon de produire, de mobiliser des savoirs et de développer des compétences. Cette approche n’est pas exclusive du chef-d’œuvre.
L’explicitation et la problématisation des situations vécues privilégient une approche pluridisciplinaire, voire interdisciplinaire.
les co-interventions, l’accompagnement personnalisé et la préparation à l’insertion ou à la poursuite d’étude, etc. vont développer des compétences autres que celles inscrites habituellement dans les référentiels. Ce que d’aucuns appellent les compétences transversales.
La réalisation d’un chef-d’œuvre est aussi une occasion de confronter les élèves à ces réalités professionnelles. Il faudra passer par des mises en problème, des doutes, des échecs (essais/erreurs), des prises de risques, de la résilience, de la persistance, de l’endurance, de la réussite, de la fierté, etc.
La réalisation d’un chef-d’œuvre qui est un entraînement au développement et à la mobilisation des compétences permet d’aborder une tâche complexe par différentes approches et de démontrer l’apport de chaque discipline.

L’implication des élèves dans des tâches dites complexes est souvent motivante pour eux, mais nécessite une approche raisonnée selon les publics et les étapes de la formation.

C’est ici, je pense, que se greffe la pratique des mini-entreprises, tellement ancrées dans le réel qu’elles ont pour objectif de produire quelque chose, de le mettre sur le marché, de se confronter à la réalité économique d’une institution (par exemple scolaire), d’une ville ou d’une région.
Que certaines de ces mini-entreprises débouchent sur de vraies entreprises, start-up ou autres, viables et durables, m’épate.
Il y a probablement de fameuses discussions à avoir sur ce passage, au sein même des écoles, des entreprises virtuelles dont on parle dans le paragraphe qui suit à des entreprises réelles. Mais Célestin Freinet ne faisait-il pas imprimer en classe de vrais livres ? Et Marie-Eve, une ancienne collègue institutrice maternelle du GBEN, ne vendait-elle pas les oeufs pondus par les poules élevées à l’école par les élèves de sa classe ?

3- Démarche de réalisation d’un chef-d’œuvre

Pour tous les élèves de CAP ou de baccalauréat professionnel, le chef-d’œuvre se traduit par une ou des réalisation(s), collectives ou individuelles. Il permet à l’élève d’exprimer des talents en lien avec le métier qu’il prépare. C’est la concrétisation d’une démarche personnelle, pensée, construite, qui passe par des étapes d’essais, d’erreurs et qui aboutit à une réalisation. Pour l’élève, le chef-d’œuvre est la traduction de l’engagement personnel dont il aura fait preuve. Il lui permet de montrer et de valoriser les compétences construites tout au long de son parcours de formation.
Cette réalisation concrète peut prendre toute forme (matérielle ou immatérielle) comme la conception et la réalisation d’un produit fini (en bois/ métal/ papier/ tissu .. ,), d’un texte, d’un journal, d’un site internet, d’un film, de planches créatives ou de tendances, d’un carnet de route, de l’organisation d’un évènement culturel ou sportif, d’une manifestation, d’une exposition, d’un salon, d’un spectacle, d’un décor, de la participation à un concours régional, national, international ou encore de la création d’une entreprise virtuelle. Cette réalisation peut résulter du choix de l’élève. Elle permet à l’équipe éducative d’atteindre des objectifs d’apprentissage en relation avec les compétences visées.

Pour aboutir à une démarche collective, il est nécessaire d’anticiper et de planifier une organisation appuyée sur les outils de la démarche de projet (recherches collectives, définition de l’idée, démarche de résolution de problèmes, investigations à travers des expérimentations).

3.1 Une démarche de projet adaptée à la réalisation d’un chef-d’œuvre

L’équipe pédagogique s’organise dans un processus dont l’objectif est de faciliter la coordination et l’accompagnement de chaque jeune dans la réalisation d’un chef d’œuvre. (...)


Encore quelques points, parmi d’autres…

Le chef-d’œuvre est centré sur l’activité de l’élève ; dans la démarche, il doit :
- s’informer, se documenter, problémaliser,
- organiser, planifier, réaliser, contrôler,
- créer pour élaborer une solution lors d’un problème rencontré, communiquer, rendre compte,
- s’auto critiquer, modifier, réajuster et mettre à distance.

La réalisation du chef-d’œuvre par l’élève doit lui permettre :
- d’acquérir de l’autonomie,
- de se responsabiliser,
- d’appréhender la complexité du monde professionnel,
- de manifester des compétences ciblées par l’équipe pédagogique, de visualiser certaines interactions de concepts difficiles,
- de collaborer à une œuvre commune selon le chef d’œuvre,
- d’apprendre grâce à la motivation liée aux choix qu’il fait pour sa réalisation, de se sentir valorisé.

L’évaluation de la démarche de réalisation

Dans la dernière étape, il faut évaluer la démarche globale de réalisation des chefs-d’œuvre pour éventuellement la faire évoluer. On peut également prévoir les modalités de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre du (des) chef(s) d’œuvre. Il faut envisager une évaluation sur l’ensemble des étapes (pas nécessairement sommative), pour rendre visible la démarche et permettre à l’élève de se situer dans sa progression.

Le rôle des enseignants

Lors de la préparation, les enseignants vont : coopérer et collaborer ensemble pour un accompagnement optimal des élèves, planifier les pratiques à mettre en œuvre (organisation générale, contenus, évaluations, durée nécessaire des apprentissages ... ), prévoir des bilans intermédiaires pour mesurer les avancées en fonction des objectifs de départ (il peut s’agir d’auto-évaluation effectuée par les élèves), vérifier que le proJet puisse prendre place dans un cadre plus large, à caractère culturel, linguistique, historique… qui permettra de développer et/ou de renforcer des compétences transversales et professionnelles, notamment en langues vivantes, mais aussi de nourrir la réalisation du chef-d’œuvre, participer au travail d’analyse engagé par l’élève en questionnant ses choix, orienter les choix des élèves au regard du projet, les motiver dans les moments de découragement.

Le chef-d’œuvre est un élément fédérateur de l’établissement. (...)

Voir le texte complet dans mes Pearltrees
ou
ici.

Voir aussi l’intervention de Léonard Guillaume et Jean-François Manil à Mulhouse

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