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11. Quelles ruptures pour une école en crise ?
(paru dans Echec à l’Echec)
Article mis en ligne le 1996
dernière modification le 27 juin 2008

par Charles Pepinster
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Cris(e)

Le groupe Belge d’Education Nouvelle (G.B.E.N.) en appelle à toute une série de ruptures, sur base de sa conviction : tous capables ! Ruptures avec l’école traditionnelle qui sélectionnent quelques uns et déclassent les autres .

L’école que cherche à construire le G.B.E.N. considère que chaque enfant est immensément doté (100 milliards de cellules nerveuses), que tous sont capables d’apprendre davantage que ce que l’école propose. Capables de se construire des concepts larges, variés, souples, transférables, afin de préparer des citoyens critiques pour une société inconnue où on ne pourra plus produire n’importe quoi, n’importe comment.

Il ne s’agit pas de raffiner dans la voie où l’école est actuellement engagée : mesurages des enfants, mise en filières adaptées.
Il faut savoir que les fonds consentis par l’Etat belge pour la recherche en éducation servent depuis plus de vingt ans, à oeuvrer dans ce sens-ci : dépistage, remédiation, évaluation chiffrée des résultats.
Ces travaux débouchent tous sur des recommandations faites aux enseignants d’individualiser les apprentissages. « Chacun à son rythme » (groupes de niveaux) reste la règle morale et didactique.
Des laboratoires de pédagogie des Universités belges mettent sans cesse au point des curricula : taxonomies par objectifs opérationnels, du simple au complexe, en tranches fines pour des apprentissages sans erreur renforcés lors des réussites.

Cette recherche ressemble à une gare dont les trains seraient tous lancés dans une seule direction : la réussite individuelle dans un programme fixé par des experts.

Dès lors, toutes sortes d’aménagements sont proposés à l’école :

  • réduction des effectifs scolaires,
  • tests-bilans aux étapes charnières orientatrices,
  • interventions de maîtres spéciaux, de réeducateurs,
  • médicalisation du dépistage des enfants dits à risques, dès la maternelle,
  • formation du personnel en vue de l’individualisation,
  • introduction des programmes informatisés,
  • groupes de niveaux,
  • méthodes d’approche interpersonnelles psychologisantes (Gordon, entraînement mental, P.N.L....) afin de soigner les conséquences du décrochage scolaire, non les causes.

Pourtant, l’échec scolaire reste massif. Des écoles élitistes reçoivent les élèves qui « réussissent ». Des écoles populaires se débattent avec, dès l’adolescence, des problèmes de société cruciaux : décrochage, délinquance, drogue, désespérance devant un avenir incertain.

Rester dans cette voie ?

Le G.B.E.N., avec d’autres mouvements alternatifs, imagine de quitter ce train, de prendre une autre direction, d’aller dans le sens de la solidarité dans les apprentissages de haut niveau pour tous .

Un allié précieux : l’immense capacité des petits d’hommes. Mais celle-ci est obscurcie par une foule de mécanismes de freinage, d’auto-censure, voire d’auto-dévalorisation (je ne suis pas doué, d’ailleurs cela ne m’intéresse pas...)
Confiance à rendre... Attente positive... Regard de formateur et non d’évaluateur.

Que faire concrètement pour changer de cap ?

  • Transformer radicalement l’acte d’apprendre ;
  • Sélectionner les objets d’apprentissages pour construire chez tous des notions-clefs dans la compréhension des mondes mathématique, linguistique, scientifique, artistique, physique ...
  • Prendre du temps pour vivre la poésie, l’art de vivre, la politique, voire la spiritualité, pour se parler entre adultes.

Dans un lieu, à un moment prévu, les élèves et leur professeur tiennent conseil :

  • Qu’est-ce qu’on a appris aujourd’hui ?
  • Quelles questions a-t-on posées ?
  • Quels choix a-t-on faits, quels projets de vie ?
  • Comment allons-nous nous organiser ? le temps ? l’espace ? les rapports sociaux ? et demain ?
  • Qu’est-ce que le professeur va nous apprendre ?
  • Quels choix fera-t-on, même individuellement, y compris dans la culture populaire ?
  • Quels projets ?
  • Quelle écriture émancipatrice (pour de bon) ?
  • et le social, l’imaginaire, l’art, le corps ? (musique, architecture, peinture, danse, cinéma, théâtre, expression de toutes formes sans ségrégation culturelle).

Ruptures mentales...

Tout professeur devrait être convaincu que tous ses élèves réussiront les « grands » apprentissages (déconstruits et reconstruits plusieurs fois de façons différentes et passionnantes).
L’échec d’un condisciple mobilisera l’énergie des autres pour extirper l’idée fataliste si souvent présente :« je suis inapte, non motivé ».
Cependant, constituer un groupe participatif, travailler sur des contenus significatifs, transformer ses méthodes, cela ne se fait pas en un jour.
Les élèves découragés devant les apprentissages sont eux-mêmes réticents à s’investir de nouveau dans l’étude.

Ce train de mesures en rupture avec les habitudes scolaires les plus répandues, nécessite une remise en question de plusieurs points :

Les tests d’ intelligence.

Ceux-ci seront désormais considérés comme une mystification intellectuelle faisant prendre une incompétence pour une faiblesse psychique.

Les examens notés.

Examens compétitifs individuels débouchant sur des bulletins chiffrés.

La pratique du questionnement, incluse dans le processus d’apprentissage, se justifie pleinement.
Ainsi, une bonne question (dite d’intelligence) posée par le professeur ou surgie de l’exercice des méthodes actives mérite d’être le point de départ d’une activité de recherche de toute la classe, rythmée par des étapes : travail individuel, comparaison des hypothèses en petits groupes, confrontation entre les groupes, nouveaux documents ou nouvelles consignes relançant la recherche jusque l’accession aux structures.

Poser cette même question pour tester les élèves individuellement, non seulement ne sert pas à l’apprentissage mais ne mesure pas non plus l’acquis ; en effet, l’évaluateur risque de prendre une hypothèse divergente pour une faute et, malheureusement la sanctionner. C’est précisément quand il y a confrontation en groupe que ces idées divergentes apparaissent et deviennent source de savoir.

L’individualisation.

Le travail par fiches, programmes informatisés ou manuels scolaires fera, le plus souvent, place à des recherches individuelles ayant du sens, puis des recherches en groupes où il n’est plus question qu’un seul élève ignore le noyau conceptuel contenu dans le problème à résoudre.
On ira donc du complexe au simple (constituant souvent l’essence épurée de la notion « concept ») dans un cheminement de toute la classe appelée à affronter des situations compliquées.
Démêler pour prendre pour soi ( Ap-prendre).
On se gardera d’expliquer car cela empêcherait d’apprendre chez celui qui ne se questionne pas. Ici l’incompétence momentanée d’un élève donne l’occasion à tout un groupe d’attaquer un savoir d’une nouvelle manière suscitée par le professeur soucieux de la réussite de tous

En conclusion.

La lutte contre l’échec scolaire est dans l’impasse.
L’Education Nouvelle propose des ruptures.
A partir d’une attente positive, elle invente des stratégies non seulement pour la réussite de tous les enfants mais aussi pour leur apprentissage de la démocratie .

Charles Pepinster.

Article paru dans « Echec à l’Echec » , n° 76, de Février 1991
(édité par la C.G.E., chaussée de Haecht, 66, à 1030 Bruxelles).


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