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AUTO-SOCIO-CONSTRUCTION DES SAVOIRS
Article mis en ligne le 1996
dernière modification le 4 mars 2017

par Charles Pepinster
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Soi-même

Avec d’autres

Pour construire des savoirs de haut niveau.

Tout un programme. Un programme du Groupe d’Education Nouvelle.

Nous décrirons brièvement la démarche d’apprentissages construit avec les autres après avoir jeté un coup d’oeil dans une classe habituelle.

En classe traditionnelle.

Le maître trace le périmètre d’un grand carré au tableau. Il questionne :
« Pourquoi est-ce un carré ? »
Des élèves risquent des réponses, des doigts levés s’abaissent , la bonne réponse est répercutée : « Très bien, Marc, 4 angles droits, ensuite ? »Très bien, Elise, deux diagonales les mêmes... nous dirons : de même mesure "
Peu à peu les caractéristiques du carré apparaissent, écrites au tableau.
Les élèves n’ont plus qu’a copier.
« Demain, exercices de contrôle ». Les voilà prévenus .

En classe laboratoire.

Une mission apparaît au tableau : « Détachez un carré d’une feuille non lignée, découpée comme une flaque d’eau, rien qu’avec les doigts . »
Silence. Inquiétude légère .

AUTO : Les élèves sont invités à poser des questions, à reformuler l’énigme. Ensuite, ils se trouvent dans l’obligation d’essayer leur solution, seuls .
C’est la phase d’auto-construction, indispensable prise de conscience de tous les éléments du problème .


SOCIO 1
 : Lorsque l’activité arrive à saturation, une autre consigne vient relancer le stress positif : " groupez-vous par deux et détachez un grand carré ... presque parfait .

SOCIO 2 : Affichage des réalisations. Là, on lit les travaux au positif, on cherche tous ensemble afin de repérer les essais les plus corrects... par la comparaison positive.

SOCIO 3 : En groupes de 4 , les élèves sont invités à rédiger les caractéristiques du carré, en grand sur une affiche, et à y dessiner des carrés diversement disposés, rigoureusement exacts. Usage d’instruments de mesure.

SOCIO 4 : Lecture des affiches.Comparaison avec ce que disent les manuels scolaires . Discussion. Traces libres au cahier.

Quelques exemples de défis socio-cognitifs destinés à d’autres niveaux d’enseignement

  • Transposer et jouer la pièce de Molière : « Le médecin malgré lui » en situation contemporaine.
  • Ecrire une préface pour « Tintin en Amérique » .
  • Démontrer un théorème de géométrie autrement, concrètement .
  • Monter une exposition sur l’histoire de l’Afrique, des Mayas...
  • Décoder des modes d’emploi écrits en plusieurs langues pour en dégager les structures grammaticales.
  • Ecrire le code matrimonial belge en référence aux codes français, anglais ... à partir d’enquêtes, sans le code belge.
  • Composer des morceaux de musique en groupe à l’aide d’instruments artisanaux, les écrire, les exécuter.
  • Etudier seul la géographie de l’Inde pour participer à un débat sur ce pays.
  • Etudier Nietzche et/ou Kant à partir du cours et d’autres sources, puis interroger le prof pendant une heure. ( Professeur en situation d’examen )
  • Décrire la vie du foetus après étude du sujet dans trois livres différents. Travail individuel, puis de groupe. Exposé avec projection de diapositives.
  • Faire un film « Le jardin ordinaire » pour présenter le mouton, la chèvre, la poule .

Réflexion

Au delà de l’idée que de meilleures méthodes ( celles dites actives ) assurent mieux les apprentissages, nous devons nous interroger sur la formation à la citoyenneté présente dans chaque mode pédagogique illustré plus haut .

D’un côté nous voyons l’élève seul, face au maître. " Les ressorts de l’activité sont, comme le dit René Fourcade dans Motivation et Pédagogie , éd. E.S.F. :

  • le désir de plaire
  • l’humilité
  • le respect des règles
  • la crainte des sanctions
  • la recherche de la récompense
  • l’appel à la rivalité.
    Les bases fondamentales psychologiques sont le paternalisme, l’autorité, la concurrence".

L’élève comprend qu’on a pensé pour lui, ou , paraphrasant la métaphore proposée par Nicolas Rouche, l’apprenant est tenu d’arpenter un terrain tel un aveugle qui doit mettre ses pas dans les traces des grands explorateurs qui l’ont précédé.

L’effet de cette pratique est manifeste : les élèves dociles ou qui ont compris le jeu de l’école vont réussir, les autres risquent d’échouer.
Mais le plus important est qu’une empreinte morale profonde se marque insidieusement chez le jeune citoyen : une élite est faite pour penser, une masse pour exécuter,
Une didactique neutre, cela n’existe pas.

Une autre logique.

Voyons d’abord les conditions d’une auto-socio-construction du savoir :

  • Situation de départ, insolite, neuve, chiffonnante, dérangeante, facile et difficile à la fois mais se présentant toujours comme une consigne action , avec un verbe engageant : « faites, fabriquez, détachez, construisez, etc. »

• La consigne adressée à tous, gagne en intensité dans le SILENCE. Son écriture au tableau, sans un mot de l’animateur, permet une réflexion de tous.
Ex : « Faites des déplacements de quelques mètres en quelques secondes ... graphique »
ou « Réalisez des vraies pentes de 8% »

• Le point de départ de la recherche comporte une RUPTURE par rapport à la façon habituelle de poser la question :

  • soit par l’obligation d’agir vraiment
  • soit par les restrictions volontaires des conditions d’action.
    Exemple : « Détachez un carré d’une feuille non lignée découpée comme une flaque d’eau, rien qu’avec vos doigts. »

La séance comporte une série d’attentes, de pressions, de formulations des découvertes.
C’est le rôle de l’animateur de faire la lecture de la classe et d’en assurer la conduite.

a) Lecture : Il s’agit de regarder agir les enfants afin de déceler 100% d’activité de recherche en permanence. Lorsque ce taux faiblit, on passe à une autre étape. Cela fait partie de la conduite.

b) Conduite : Des missions successives rythment le travail de tous, soit pour faciliter, soit pour compliquer la recherche.
Exemple de facilitation : « Groupez-vous par deux et refaites une réalisation »ou bien« Dans 5 minutes, affichage. »
Exemple de complication : « Vous ne pouvez-pas consulter votre livre, vous servir d’une règle ... »

Le travail en grand groupe est l’occasion d’exprimer les cheminements de pensées et de permettre :
a) La discussion jusqu’au bout, sans concession polie.
b) La valeur éducative des cheminements faux, contradictoires. Exemple : des enfants soutiennent que la pente de 100% est la verticale d’autres soutiennent que c’est l’hypoténuse d’une triangle rectangle, ...isocèle...
C’est du choc des idées que vient la lumière.

Le principal obstacle à l’apprentissage, c’est l’explication à des enfants qui ne le souhaitent pas.
Tout l’art consiste à exaspérer l’envie de savoir la réponse à l’énigme..., en restant un animateur énigmatique et compréhensif à la fois, soutenant le dynamisme de tous.

Examinons maintenant deux corollaires importants de cette option :

Evaluation :

Il est indispensable de revoir les modes d’évaluation afin de les mettre en cohérence avec la philosophie proposée. Une interrogation individuelle des élèves pour des notes est incompatible avec une pratique pédagogique coopérative et solidaire .
L’auto-socio-construction n’admet que l’évaluation intégrée au processus d’apprentissage. « Quand ils me déçoivent, qu’est-ce que je change dans ma pratique ? » (G.F.E.N.)

Classe coopérative

C’est le conseil des adultes et élèves qui gère surtout les apprentissages :
« Que va-t-on apprendre ? Pourquoi ? »
« Comment faire pour que tous apprennent ? »
et non une assemblée qui régule les comportements via la loi de la majorité .

Auto-socio-construction des comportements.

Si l’on admet le tâtonnement expérimental pour l’accession aux concepts, on doit aussi installer la démarche constructiviste - terme de Piaget largement parallèle à la notion d’auto-socio-construction, avec sa phase de co-opération - pour apprendre aux jeunes les conduites sociales acceptables.

Sans doute les adultes sont-ils encore moins enclins à permettre les essais et erreurs dans les conduites socialisées que dans l’acquisition des notions scolaires. Pourtant la démarche est sensiblement la même dans les deux secteurs de l’élaboration de la personne et les jeunes comprennent mal que l’erreur soit permise puis discutée dans une matière scolaire et qu’une loi toute faite ( « on a pensé pour vous » ) impose les comportements en société .

Les jeunes ont déjà une foule de référents sociaux, moraux .
Il est donc non seulement possible mais très réalistement faisable de provoquer une assemblée adultes/élèves lorsque la situation l’exige, pour CHERCHER UNE SOLUTION :
« Quelqu’un a volé dans la caisse de classe, qu’est-ce qu’on va faire ? »
Hypothèses.
Rejet des propositions violentes et acceptation des situations non-violentes par l’adulte.
Rejet de la dénonciation et de la punition du ou des coupables.

En bref :

La démarche d’auto-socio-construction s’inscrit dans une philosophie éducative humaniste et démocratique .
Elle constitue un élément agissant sur un ensemble d’autres telle une pièce de puzzle dans un paysage assemblé. Elle ne peut surtout pas constituer un élément « pour faire mieux apprendre » noyé dans un autre courant pédagogique.
Elle postule l’idée du « Tous capables »

Charles Pepinster.


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